Une avancée médicale majeure vient d’être annoncée à Marseille, laissant entrevoir un espoir sans précédent dans la lutte contre le VIH/SIDA. Une patiente séropositive suivie au Centre d’Information et de Soins de l’Immunodéficience Humaine (CISIH) de l’hôpital Sainte-Marguerite pourrait être le premier cas de guérison du VIH en France. Cette nouvelle, rendue publique le 17 janvier 2025, marque une étape vitale dans l’histoire de la recherche médicale, 42 ans après la découverte du virus responsable du SIDA.
Une greffe de moelle osseuse porteuse d’espoir
Le cas de cette patiente marseillaise est le huitième au monde à présenter des signes de rémission durable du VIH après une allogreffe de moelle osseuse. Diagnostiquée séropositive en 1999, cette femme d’une soixantaine d’années a bénéficié d’une greffe en juillet 2020, suite à la découverte d’une leucémie myéloïde aiguë quelques mois plus tôt.
Le Dr Sylvie Bregigeon, directrice du CISIH, explique : « L’équipe de l’Institut Paoli-Calmettes a identifié un donneur compatible présentant une particularité génétique rare : la délétion Delta32 du gène CCR5 ». Cette mutation génétique confère une résistance naturelle au VIH, empêchant le virus de pénétrer dans les cellules.
Le processus de guérison s’est déroulé en plusieurs étapes :
- Diagnostic de leucémie en février 2020
- Allogreffe de moelle osseuse en juillet 2020
- Poursuite du traitement antirétroviral pendant 3 ans post-greffe
- Arrêt du traitement en octobre 2023
- Suivi rigoureux et tests virologiques négatifs depuis
Des résultats prometteurs et une surveillance étroite
Depuis l’arrêt du traitement antirétroviral en octobre 2023, la patiente fait l’objet d’un suivi médical intensif. Le Dr Olivia Zaegel-Faucher, médecin en charge de son cas au CISIH, souligne l’importance des examens virologiques approfondis réalisés en collaboration avec le Laboratoire de virologie de la Timone, dirigé par le Pr Philippe Colson.
Ces tests incluent :
- Des analyses de charge virale ultrasensibles
- Des tests de culture virale
- La recherche d’ADN pro-viral dans l’organisme
Tous ces examens se sont révélés négatifs jusqu’à présent, indiquant une absence totale de traces du virus dans l’organisme de la patiente. De surcroît, son système immunitaire montre des signes encourageants de récupération, avec un taux de lymphocytes T CD4+ passant de 250 à 1289/mm3, se situant désormais dans la fourchette normale (650-1500/mm3).
Limites et perspectives de cette approche thérapeutique
Bien que cette découverte soit porteuse d’espoir, il est intéressant de noter que cette stratégie n’est pas applicable à tous les patients séropositifs. Le Dr Bregigeon précise : « Cette approche implique un traitement extrêmement lourd, justifié uniquement dans le contexte d’une hémopathie maligne comme un lymphome ou une leucémie ».
Le processus comprend :
| Étape | Description |
|---|---|
| Chimiothérapie intensive | Destruction de la moelle osseuse malade |
| Radiothérapie | Irradiation du corps entier |
| Hospitalisation prolongée | Séjour en chambre stérile |
| Greffe de moelle | Transplantation de cellules souches du donneur |
Néanmoins, ces cas remarquables de rémission contribuent grandement à la compréhension des mécanismes du VIH et ouvrent de nouvelles pistes de recherche. Les équipes marseillaises envisagent maintenant une collaboration avec des chercheurs parisiens pour approfondir l’étude de ce cas unique.
Un pas de plus vers la victoire contre le VIH/SIDA
Cette découverte s’inscrit dans un contexte plus large de lutte contre le VIH/SIDA. Le CISIH de l’hôpital Sainte-Marguerite, créé il y a plus de 30 ans, joue un rôle crucial dans cette bataille. Cette plateforme ambulatoire assure le suivi d’environ 1200 patients et abrite depuis 1996 un département de recherche clinique collaborant étroitement avec l’Agence Nationale de Recherche contre le Sida et les maladies infectieuses émergentes (ANRS MIE).
L’histoire de cette patiente marseillaise rappelle celle de Timothy Ray Brown, connu comme le « patient de Berlin », premier cas de guérison du VIH en 2007. Depuis, seuls sept cas similaires ont été rapportés dans le monde, dont six impliquant la mutation Delta32 du récepteur CCR5.
Cette avancée médicale, fruit d’une collaboration entre différentes équipes médicales et de recherche, illustre l’importance de la recherche translationnelle dans la lutte contre les maladies infectieuses. Elle offre un nouvel espoir aux millions de personnes vivant avec le VIH dans le monde et encourage la poursuite des efforts pour trouver un traitement curatif accessible à tous.

